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Michel Nedjar naît le 12 octobre 1947 dans le val d'Oise. Il a trois frères et trois sœurs. Son père est juif algérien, installé en 1921 à Paris où il est maître-tailleur. Juive aussi, sa mère est d'origine polonaise, venue à Paris en 1923 avec sa grand-mère pour fuir les pogromes. En 1947, les Nedjar sortent à peine d'une période noire : pendant la guerre, la grand-mère et sa fille se sont cachées dans une ferme en Bretagne, mais la plupart des membres de la famille du père et tout le reste de la famille de la mère ont été victimes de l'oppression nazie.

La famille est plutôt fermée sur elle-même et tend à ne pas afficher son ascendance juive. Michel aura très tôt le sentiment de vivre dans un milieu qui se distingue des autres. A l'école, même s'il porte les plus belles blouses, métier paternel oblige, il est craintif et mal intégré. Les seules occasions où il est félicité, c'est après les cours de dessin. A la maison, il s'entend mal avec ses frères et son père et se tourne vers les membres féminins de la famille. Une machine à coudre était à disposition et tout jeune encore, il bricolait des vêtements pour les poupées de ses sœurs. C'est vers 1960 que Nedjar prend vraiment conscience de l'holocauste, en regardant un film à la télévision. Il est profondément choqué et cherche des livres qui parlent des camps comme pour s'assurer que tout cela est vrai. A l'âge de quatorze ans, il quitte l'école et rêve vaguement de devenir artiste, mais apprend lui aussi le métier de tailleur. Il travaille dans plusieurs ateliers de confection et commence à penser sérieusement à une carrière de dessinateur de mode. Mais il est envoyé faire son service militaire auquel il ne s'adapte pas du tout. Il est renvoyé de l'armée et après quelques mois d'école de styliste de mode il attrape la tuberculose et séjourne dans un sanatorium en 1969, guéri, il lui semble que la mode est une chose futile et qu'il doit passer à autre chose.

L'argent gagné en vendant des vêtements aux puces, dans la boutique de sa grand-mère et l'argent de l'assurance maladie lui permettent d'entamer une période d'errance qui comprend six grands voyages qui le mèneront, entre 1970 et 1975, en Turquie, en Iran et en Afghanistan, pour gagner ensuite l'Inde et le Népal. Il terminera cette série par un long voyage au Mexique, au Guatemala et au Belize. Les cultures qu'il rencontre le concernent plus que la nôtre. Les poupées y ont une fonction magique, le personnage représenté perdant son statut de jouet pour prendre celui de talisman ou de fétiche. La confrontation avec la mort aussi y est là-bas plus insistante qu'ici, avec la mise en scène flamboyante des funérailles. Il confie : « Au Mexique, les momies, c'était tellement fascinant que c'était insupportable. Ce n'était pas la mort. Elles avaient leur costume, leur robe collée à la peau ». De retour à Paris, Nedjar prend une petite chambre. C'est ici qu'il se met à fabriquer ses premières poupées avec des chiffons de toutes sortes, jusqu'en 1980, année où il commence à dessiner avec assiduité sur les papiers que le hasard lui procure, activité à laquelle il s'adonne aujourd'hui encore avec passion.

© Geneviève Roulin 2000 pour le catalogue: Collection P. Éternod et J.-D. Mermod, Lausanne - Malmö Konstmuseum and Prins Eugens Waldemarsudde, Stockholm, Sweden

 © michel nedjar