Né le 12 octobre 1947, à
Soisy-sous-Montmorency, Michel Nedjar est le troisième des sept
enfants d’une famille juive où se conjuguent les traditions
ashkénaze et sépharade (originaire d’Alger, son
père est tailleur, établi à Paris depuis 1921. Sa
mère est polonaise, arrivée vers 1923 pour fuir les
pogroms : pendant la guerre un grand nombre de ses proches ont disparu
dans les camps). En 1950, la famille Nedjar s’installe à
Aulnay-sous-Bois : Michel Nedjar ne gardera pas un bon souvenir se ses
années d’école, sauf du cours de dessin, où il se
révèle le meilleur. S’entendant mieux avec les femmes de
sa famille qu’avec son père et ses frères, il aime jouer
avec les poupées de ses sœurs, se déguiser avec elles, et
se passionne pour les chiffon, les tissus, tout le «
Schmattès » des chiffonniers. Parfois, dans un rituel
évoquant le Golem, il habille des poupées cassées
ou des racines terreuses et développe toutes sortes
d’activités clandestines dans la cave de la maison.
En 1960, à travers le film de Resnais Nuit et Brouillard, il
découvre l’horreur des camps : certaines images deviendront
alors une obsession. L’année suivante, à quatorze ans, il
est placé comme apprenti tailleur dans une maison de confection
où il s’ennuie, préférant aller aider sa
grand-mère sur son stand du marché aux puces. Arrive
l’épreuve terrible du service militaire, en 1967 : il est
réformé, mais attrape la tuberculose. A la sortie du
sanitorium, il décide d’abandonner la mode et entreprend une
série de grands voyages qui le mèneront, pendant cinq
ans, de 1970 à 1975, en Inde, en Asie et surtout au Mexique,
où il prend contact avec la magie, les poupées
d’envoûtement, l’artisanat baroque.
C’est au retour de ce dernier voyage qu’installé rue de la
Goutte d’Or, il sent le « désir d’œuvrer dans la magie
» et réalise ses premières poupées, qu’il
appelle ses « chairdâmes ». Pour confectionner ses
œuvres, Michel Nedjar mélange tissus riches, sacs en plastique
et loques dérisoires, y intégrant boutons, bouts de bois,
plumes, bouts de ficelles, coquillages, et utilisant toutes les sortes
de teintures (il avait été ébloui par la
découverte d’Aloïse à l’Atelier Jacob d’Alain
Bourbonnais en 1972). A la mort de sa grand-mère, en mai 1976,
il s’installe pour un an dans une communauté rue Quincampoix :
c’est de cette époque que datent les poupées teintes en
bleu, rosé, violet. Puis il retourne s’installer à
Belleville, où il réalise de petits films en super-8
comme A quoi rêve l’Araignée ? (1981-1982), montage sur
son enfance, la mort de sa grand-mère et divers thèmes
intimes. Au cours d’une période de dépression en 1978,
les poupées deviennent terre et sang. C’est peu après,
vers 1980, qu’il commence à dessiner, travaillant par grandes
séries, sur des supports récupérés. On
notera également, vers 1983, un cycle de statuettes à
l’aspect calciné comme le mâchefer entrepris en recouvrant
de plâtre et de papier mâché de simples bouteilles
vides ou des cailloux, puis, fin 1985, une série de bas-reliefs
en papier mâché. Un thème constant y refait surface
: l’obsession des cadavres brûlés, empilés dans les
fosses, ou celle des foules indifférenciées, des momies
et des corps mutilés. Après une longue interruption,
Michel Nedjar a commencé récemment la confection d’une
nouvelle série de poupées.
© Laurent Danchin 1995 pour le catalogue : Art Brut et Compagnie,
la face cachée de l’art contemporain
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